Entreprise libérée, société libérée ?

Les conférences sur l’entreprise libérée fleurissent depuis 2 ou 3 ans, voilà une nouvelle matière à enseigner dans les écoles de management. Alors, douce utopie ou méthode miracle ? Ni l’un ni l’autre mon capitaine, mais à mon humble avis un passage obligé pour pérenniser nos institutions.

J’échangeais sur le concept d’entreprise libérée avec un chef d’entreprise il y a un an à peine, et celui-ci me disait : c’est bien joli mais ce n’est pas ça qui va faire tourner mon business ! Hum… j’ai assisté à une conférence animée par Alexandre Gérard et Christophe Collignon, deux dirigeants qui ont pris ce tournant décisif il y a quelques années.

Ne croyez pas que vous allez tout changer

Alors avant tout c’est une prise de conscience : s’engager sur le chemin de l’entreprise libérée est une décision qui doit venir du chef d’entreprise. A la différence de l’activité de démolisseur qui place des explosifs à la base d’un bâtiment pour le faire écrouler sur lui-même, passer d’un management pyramidal à un management libéré nécessite une impulsion du haut de la pyramide.

Les statistiques font peur : en France seulement 9% des salariés se sentent activement engagés dans leur travail, face à 27% qui se sentent activement désengagés. Difficile de mener sa barque avec près d’un tiers de votre équipage qui rame à reculons. Et nous faisons figure de mauvais élèves en Europe.

Apprenez à faire confiance à l’intelligence collective 

Je ne parlerai pas ici du fonctionnement de l’entreprise libérée ; les spécialistes font cela beaucoup mieux que moi. Par contre, j’ai envie de partager quelques anecdotes présentées par ces dirigeants. Leur objectif : rendre leur entreprise  plus performante, plus agile, parce qu’une entreprise libérée reste une entreprise et doit faire de l’argent. Leur chemin a été parsemé d’embuches, notre culture n’étant pas prompte à encourager la prise de risque et le droit à l’erreur, et leur apprentissage continue.

Chez Alexandre par exemple, c’est MOOC à volonté, et pour votre anniversaire, vous avez droit à une journée «vis mon job» pour découvrir le quotidien de n’importe quel collaborateur. Ah, et ça j’adore: des chèques cadeaux de 15 euros, à disposition pour remercier un collègue qui vous a rendu service dans vos missions. Réapprendre la gratitude, c’est beau, et ça marche ! Parce que le bien être des salariés passe par sa capacité à se réaliser et pas seulement par le baby-foot de la cafétéria.

Selon nos 2 conférenciers, d‘ici à 5 ans, les nouveaux managers, issus de la culture Kiabi, Décathlon ou encore Norauto, auront essaimé et libéré le monde de l’entreprise. Les chefs d’entreprise qui s’engagent dans cette démarche sont les garants de la vision et des valeurs de leur société, et leur métier n’est plus celui de surveillant général. Ils peuvent alors consacrer leur temps à de vraies missions de stratégie.